la fin des années 50, Oujda devient trop étroite pour la créativité de HASSAN qui rêvait de conquérir le monde ou plutôt la capitale du Royaume. « Nous sommes donc venus à Rabat car mon père avait compris que la ville d'Oujda ne me suffisait pas ». C'est dans ce sens que l'histoire des MEGRI ressemble d'une certaine façon à celle des Beatles. Eux aussi sont issus d'une petite ville (Liverpool) et ils sont partis à la conquête de Londres et plus tard du monde.
Une autre aventure allait commencer pour HASSAN MEGRI qui avait traîné dans son sillage son frère Mahmoud. Le duo ainsi formé en 1957 enregistre alors, avec l'orchestre de la Radio, « Min Youm Habitak », une chanson fétiche qui marque le vrai départ de HASSAN MEGRI dans sa carrière professionnelle. Une première tournée dans plusieurs villes marocaines s'ensuit en 1960 où le duo chante des tubes comme « Ya Rit », « Roubbama », « Waddaâtouhou », « Ifidni Ih », entre autres, toutes composées par HASSAN MEGRI .....
Le style MEGRI était né.
C'est alors que Jalila rejoint Hassan et Mahmoud, formant, ainsi, le trio Mégri qui s'impose dès le départ comme la formation Marocaine qui a su trancher avec les styles musicaux existant à l'époque. « J'ai opté pour un souffle nouveau non pas parce que j'étais influencé par l'Occident, mais parce que j'étais visionnaire et que je sentais que la chanson arabe devait fatalement évoluer. Le style de la chanson universelle était celui que tous les peuples appréciaient...et le temps m'a donné raison », explique celui qui a toujours refusé de chanter dans une langue étrangère et qui a réussi à marier la langue arabe avec des sonorités résolument modernes.
Le chemin sera, cependant, semé d'embûches. Le groupe des Mégri, en dépit de son talent certain, est farouchement combattu par tous ceux qui défendent l'ancienne école et qui s'opposent à ce qu'un jeune groupe réussisse à insuffler des airs légers, à faire danser les corps. « Quand je suis arrivé à Rabat, le premier des combats que j'ai eu à livrer était avec les musiciens de la Radio. A cette époque, rares étaient ceux qui pouvaient lire la musique. Il ne pouvait y avoir une communication entre nous. Et du fait que je jouais la guitare (et non le ôud), on disait que ma musique était occidentale. En fait, la musique que j'ai initiée avait ses propres règles et ses propres lois. C'était un nouveau style qui naissait dans le monde arabe.
Devant cet état de fait, j'ai eu recours à des formations modernes telles les Golden Hands, les Fingers, les Rolls et même l'Orchestre Symphonique (du Conservatoire National de la Musique) que feu Abdelwahab Agoumi a mis à ma disposition. Un geste très significatif qui m'encouragea à poursuivre ma voie et ma recherche rénovatrice ».
Dès lors, une multitude de chansons voient le jour et le public pouvait appréciait le trio Mégri à sa juste valeur, à la Radio, à la Télévision, dans de prestigieuses émissions, notamment celles de feu Hamid Benchrif, l'auteur des premiers clips des Mégri qui ont été aussi diffusés dans des pays arabes.
Cependant, dans la vie du groupe survient un événement capital qui va leur permettre de poursuivre, en toute confiance, le chemin déjà tracé dès le départ par HASSAN MEGRI .
Feu Sa Majesté le Roi Hassan II leur accorde une bourse pour faciliter leur carrière professionnelle qui a pris un tournant décisif.
Ce détachement Royal en 1969 (pour Hassan, Mahmoud et Jalila) et cette liberté de pouvoir faire de « la musique et rien que la musique » vont donner des ailes au groupe.
Saisissant cette opportunité, HASSAN MEGRI entreprend un long voyage, le 5 avril 1969, pour la promotion et l'épanouissement du mouvement musical Mégri à travers les Radios des pays arabes (Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Liban, Syrie, Iraq), poussant son odyssée jusqu'en Asie Mineure (Iran, Afghanistan, Pakistan, les Indes, le Népal via Katmandou), afin de découvrir d'autres cultures et d'autres formes musicales insoupçonnées, allant du soufisme jusqu'aux musiques traditionnelles de ces pays du soleil levant. Son retour par la Turquie, Chypre, la Grèce, l'Italie, la France et l'Espagne, lui permet d'apprécier les civilisations du Bassin Méditerranéen.
Entre temps, Mahmoud s'intéresse à la composition, en créant sa première chanson « Al Harib» (Hadak Ana) dans le style Mégri.
Toutefois, en 1971, Hassan et Mahmoud se rendent à Paris et signent un contrat avec la Maison Philips, puis enregistrent avec l'orchestre de Charles Aznavour des 45 tours et un 33 tours. « Moi qui avait toutes les peines du monde à trouver un orchestre pour jouer ma musique, je me suis retrouvé à Paris avec un orchestre prestigieux, celui d'Aznavour et qui joue aussi à l'Olympia pour accompagner de grandes stars », se souvient aujourd'hui avec émotion HASSAN MEGRI.
« Paris nous a ouvert les portes du succès avec une grande promotion digne des vrais stars. C'est à partir de la capitale française que nous sommes partis à la conquête du Maghreb, de l'Europe et du monde arabe ».
L'année 1972 sera marquée par Younès qui apparaît dans l'univers des Mégri avec sa première chanson « Lili Touil », en signant, cependant, un contrat avec la société de production Polydor. C'était le quatrième maillon qui s'ajoutait au groupe, lui donnant un nouveau souffle.
L'étoile des Mégri est toujours au firmament quand ils sont consacrés à l'Olympia en 1976, puis invités à se produire en France, en Belgique et en Hollande, mais aussi en Algérie et dans des Festival en Tunisie, puis au premier Festival Panafricain (Gabon).
Ils obtiennent leur premier Disque d'Or (fruit d'une collaboration entre Philips et Polydor) qui groupera tous leurs succès (Sabbar, Kellemtini, Galouli Nsaha, Hadak Ana, Châaltiha Nar, Hay Di Dam Dam, Lili Touil, Ya Mraya), puis le trophée du « Rabab d'Or », parrainé par le CIM/UNESCO et décerné aux grandes stars du monde arabe.
Les Mégri sont toujours là interprétant des œuvres inoubliables pleines de nostalgie pour tous ceux qui ont vécu leur épopée. Leur répertoire demeure une véritable mine d'or pour les historiens de la musique. C'est dire que la créativité authentique défie le temps et pourquoi pas les siècles.
On peut donc affirmer sans sourciller que HASSAN MEGRI est le précurseur de ce mouvement musical qui deviendra dans les années 80 un style international...Ce fondateur du groupe, qui aura marqué des générations, reçoit The World Medal of Freedom en 2006, puis La Médaille d'Or de l'Académie des « Arts-Sciences-Lettres » de Paris en 2007 pour la création de la World Music Arabe.


